Manu et les France Cartigny au Trabendo le 31 janvier 2009
Le froid pinçant de ce dernier jour de janvier ne semble avoir découragé personne si j'en juge par la longueur de la file d'attente et encore, celle-ci s'écoule rapidement grâce à un doublement de la sécurité qui accélère le contrôle et permet d'entrer rapidement. A l'intérieur, il ne fallait pas être trop exigeant pour son espace vital ou le choix de son observatoire, mais les conditions d'une soirée réussie sont réunies.
La première partie du concert revient aux France Cartigny, groupe de moule beat et rock n' roll armandinois réfugié à Paris. Comment tu t'appelles: Daniel, t'as quel âge: Nicole. Dès la présentation du premier titre le ton est donné, on va se délecter de paroles d'une haute volée littéraire et d'une grande portée philosophique. Celle qui les écrit, c'est France et c'est aussi elle qui les chante debout, derrière sa batterie, devant et au milieu de la scène pour être bien vue de tous, entourée de Sylvain, guitare/basse, son frère et Daniel Roux, basse/guitare, qui lui donnent un coup de main pour les musiques, les arrangements, les mimiques et le reste.
Trois énergies qui se déchainent et nous emmènent dans leur univers déglingué au grès des titres qui s'enchainent du premier au quatrième album modestement intitulé "Les Meilleurs", le tout un peu terni par un son qui reste obstinément au fond des enceintes. Dommage, mais si je n'ai pas suivi tous les noms de son inventaire à la Prévert "Toujours les mêmes" j'ai quand même distinctement pu entendre dans "Un jour je...", la réponse à la question de savoir ce qui différencie France de Madona: "... laverai ma culotte" alors que la seconde la jette.
Miracle, le son est là quand Manu (chanteuse de l'ex groupe Dolly) entame "Allée des tilleuls", comme pour nous rappeler que c'est la première chanson de l'album "Rendez-vous" et comme un clin d'oeil aux retrouvailles qu'elle nous donne depuis septembre dernier. La voix est un peu frêle d'émotion à ce "bientôt je te retrouve à l'ombre des tilleuls" mais trouve vite son assise dans ce cri d'amour qu'est "Tes cicatrices".
La voix est à la fois juvénile et mature, pure et gouailleuse, douce et forte d'émotions, se lovant dans le texte de chaque chanson comme dans une couette. Les textes, plus qu'ils ne racontent une histoire évoquent des moments, des situations, des convictions avec poésie, sans mièvrerie et beaucoup de justesse dans les mots. Le son est plein, rond, énorme de volume contenu. Adieu les excès de saturation du pseudo hard rock et vive la very power pop au service des textes et de interprétation et de ses variations d'intensité au grès des thèmes évoqués et dont "Cowboy" est pour moi la meilleure illustration.
France revient au choeur le temps d'un "Godbye" très réussi. Plus loin "Suteki Ni" lui promet d'avance une tournée triomphale au Japon, tandis que "Rendez-vous" qui a donné son titre à l'album est un hommage plein de nostalgie à Mika. Les guitares de Nikko sonnent toutes avec la justesse qu'il faut et nous dispensent de lumineux accords sur de judicieuses harmonies, la basse de Ben vient les relever du soupçon de l'épice adéquate pour en magnifier l'ampleur, Nirox sait utiliser l'élément qu'il faut de sa batterie pour assurer le soutien, le soupir, la relance qui conviennent au bon moment. "Tes bô t'es con" me dis-tu ? Oui, et fier de l'être.
Un rappel, comme tout le monde, puis un deuxième pour éviter l'émeute et se quitter sur "Dis moi un secret" comme un pathétique adieu "Est-ce qu'on est tous seuls Dans cette bulle où je pleure Tant de belles choses à la fois". Cette fois, c'est bien fini, le papillon s'envole en coulisses et pour une belle tournée dans toute la France.
Les photos du concert par Linda Drouet