les Blaireaux le 6 avril 2009 au Café de la danse

Publié le par bruno

Contrairement au titre de leur dernier album, ça ne manque pas du tout de chaleur quand Les mauvaises langues, Philippe Moreau le chanteur en dernier avec des cannes anglaises qui me rappellent de pas si vieux souvenirs, entrent en scène. Les Lillois n'ont pas pris possession que de la scène ce soir, et l'en entendra plus tard scander "Dany Boon Président!" à l'occasion de "L'homme providentiel".

Ce titre à lui seul résume bien le style du groupe qui cultive l'ironie, la litote et les sous-entendus avec beaucoup d'élégance. Mordant plus que méchant, acéré plus que critique, amusé plus que condescendant, souriant plus que vachard, optimiste plus que désabusé. "Faisons dans la dentelle" certes, mais quand "Ca manque un peu de chaleur" ils sont là pour te foutre un "Joyeux bordel".

Musicalement, une belle homogénéité, chacun tenant parfaitement sa place, je ne vais pas détailler plutôt que de risquer d'être moins élogieux pour l'un ou l'autre par mauvais usage d'une langue qu'ils maitrisent si bien. La mise en place est impeccable, les rythmes variés avec des accents jazzy de one step, manouche, latino voire reggae. Les mélodies sont agréables, simples sinon très originales mais ne sentant à aucun moment la réécriture (pas comme Bénabar!). Les chansons ne racontent pas d'histoires mais développent des thèmes divers de la vie, de la société, des conventions et des sentiments. Sur base de morosité ambiante ils parviennent à te rendre joyeux en démontrant le contraire de ce qu'ils disent.

Il parait qu'on va à un concert des « Mauvaises Langues » avec des centaines d'inconnus et on en ressort avec autant d'amis. En tout cas, la salle finit debout au coude à coude, les réclamant encore après un rappel, mais il faut bien laisser la place.

Salle comble pour Les Blaireaux à Paris est devenu un non-évènement chtimiesque qui n'exclut pas de devoir commencer par un hymne à la douce bonté de cet animal,  une sorte d'exorcisme du galvaudage éhonté (genre FNAC " Avec un nom pareil, la carrière musicale de ces Lillois avait de quoi être compromise !") dont il est victime, avant que les membres du groupe ne sortent du terrier à saute-blaireau sur scène dans le plus parfait des désordres organisé et d'enchainer aussitôt avec "Les aventures du baron perché", premier titre de leur dernier album "Parades prénuptiales".

Joignant le geste à la parole, deux spécimens choisis parmi les plus représentatifs nous gratifieront plus tard d'un superbe touché-frotté de fions, occasion d'un duo sublime entre Pierre (baryton sur ton timbré) et Cyrile (mezzo mutant tardif)  qui nous permet d'en savoir un peu plus sur les moeurs sexuelles de ces charmants animaux à poils.

Tu l'as compris, ce n'est pas vraiment un concert, ce n'est pas non plus un spectacle au sens habituel du terme, c'est une sorte de vaste déconade pas toujours dans le sens du poil, un franche rigolade, une réconciliation interactive avec la vie qui n'exclut pas des moments de tendresse et de pure poésie. Tantôt Frères Jacques dans les moments calmes, tantôt Ray Ventura dans les moments orchestrés et tantôt dignes de Cab Calloway dans "Minnie the Moocher" quand la salle est sollicitée Les Blaireaux.

Les paroles sont à la hauteur du défi lancé: se moquer de tout avec philosophie (si, si, il y a de la hauteur dans les thèmes exposés) sans crainte des redéfinitions lexicales croustillantes (les escargots sont de Marseille et les moustaches à la Nietzche) et dans une joyeuse ambiance communicative sur des mélodies olé olé originales et des orchestrations entrainantes qui ne te permettent que difficilement de rester assis. On n'aurait pas quitté la salle sans "L'auberge du chat qui pète", incluant une brillante citation de Manuel de Falla que je laisse reconnaitre. "Je n'ai pas vu passer le temps" me glisse Linda !

Les photos du concert par Linda D.

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Publié dans Live Reports

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