La Mine de Rien, Mac Abbé et Les Soeurs Moustache aux Trois Baudets le 22 octobre 2010
Certes, nous sommes veille de grève des transports et le retour risque d'être légèrement perturbé, mais la salle n'est ni plus ni moins vide que d'habitude, alors, quand La Mine de Rien termine en exprimant son plaisir d'être passé dans une salle mytique, salle confidentielle serait plus juste. Si ce n'était l'argent du contribuable parisien qui payait, il faudrait être un âne pour imaginer qu'avec 50 spectateurs on ne mange pas la grenouille. Pour des considérations d'ego et de pseudo-patrimoine culturel la gestion médiatique de cette salle est le scandale que je dénonçait à son ouverture. Personne ou presque et pourtant quel spectacle !
Une profusion d'objets divers, variés, insolites et d'instruments étranges couvre la scène quand émerge par l'escalier du fond une créature châtain clair en robe noire à pois blancs les yeux dans le vague qui le resteront jusqu'a la fin qui s'en va sur la gauche jouer d'un piano-jouet de Noel. Les trois (vraies) Soeurs Moustache suivent: la bêcheuse-accro-du-balai, portant une valise vide qui ne sert à rien et s'affublant d'un boa pour mieux snober les autres, la simplette à lunettes qui passe son temps à réajuster son sous-tif et remonter sa culotte, la chanteuse qui se prend tour à tour pour La Callas ou Tina Turner, toutes trois brunes en robe rose bonbon foncé à pois blancs et de bas cerclés noir du parfait effet ridicule recherché !On pourrait s'attendre à un spectacle burlesque, eh bien non. C'est un spectacle musical de haute qualité avec 3 filles qui chantent très bien, en chur et tour à tour en solo, accompagnées par une violoniste etc, un guitariste-accordéoniste et un contrebassiste tous trois excellents. Un spectacle frais, de qualité agrémenté de scénettes charmantes. A la fin, on se surprend à se demander si on ne va pas être déçu par la suite ! On va surtout être déçu par l'attente consécutive au changement de plateau, car il n'y a pas de coulisses aux Trois Baudets et l'évacuation des instruments comme l'installation des suivants se fait par la salle !
Au bout d'un temps certain, alors que le programme annonçait La Mine de Rien, Mac Abbé et le Zombi Orchestra prennent possession de la scène et justifient d'entrée leur réputation d'iconoclastes en affirmant "votre monde est d'enfer", se chargeant d'ailleurs de nous le rendre tel avec leur prêche goitico-swinguant post-démoniaque, regrettant ne pas voir d'enfants dans la salle, car "nous les prêtres, on aime bien les enfants".En réalité en dehors de la bagatelle, il n'aime pas les enfants, "les pires étant ceux des autres", ni les femmes "20 ans et déjà moche", ni les vieux, ni les glandeurs au chomdu, ni les patrons, ni Sarkozy, ni les "chansons à texte bénabarisantes" (comme je suis d'accord:). . . ni les bonnes. Mac Abbé n'a pas de bonne mais des copines, qui savent tout faire, "tout sauf la vaisselle". Bref, il l'affirme haut et fort, nous sommes "une fameuse bande de connards" et ne viens pas te plaindre de ce qu'il t'arrive, t'as voté, alors, "c'est bien fait pour ta gueule".
Bref Mac Abbé n'aime que lui, et nous, on est assez cons pour l'aimer, lui et ses Zombis, pour la drôlerie des textes, les vérités assénées (même si dans son délire je doute qu'il en soit toujours conscient, le verbe est si haut que la pensée peut avoir du mal à se hisser), l'ambiance pêchue de son spectacle et finalement le côté bon enfant qui suinte sous la couche de machiavélisme dont ils s'enduisent le visage.
Après un nouvel intermède déménageurs du dimanche compliqué par la reconduite à la frontière de deux claviers, et le fastidieux démontage remontage de batteries, La Mine de Rien peut enfin commencer, sur un ton beaucoup plus sage qui dépayse après les excentricités qui l'ont précédé.On se laisse cependant rapidement séduire par la poésie des tranches de vie que nous chante Yoshka d'une voix chaude et limpide, soutenu par ses mineurs de toujours, cuivres lumineux et rythmique efficace. Le ton est un peu mélancolique, même si les rythmes, du tzigane à la valse musette ou du ska au reggae, son soutenus.
La mélancolie n'entrainera pas l'ennui, car le spectacle va crescendo et l'ambiance est bientôt joyeuse pour devenir enfin festive et complètement débridée sur la fin avec un quintet qui bouge sur cène comme une troupe de revue. Après tout, nous sommes à côté du Moulin Rouge !
Une bien belle soirée, malgré les longueurs de l'organisation, grâce à la qualité des intervenants !
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