Djeour Cissokho, Sweet'Air et Mama Diabeté le 3 septembre 2011 au New Morning.

Publié le par sazikadonf

L'orage qui menaçait sur Paris ne nous a pas épargné ses trombes d'eau, juste avant le spectacle. La rue des Petites Ecuries carrément transformée en oued en crue, pas un qui pour être à l'heure ne soit entré les godasses pleines d'eau et trempé jusqu'à mi-cuisses, méditant sur l'efficacité du parapluie dans la tempête. Merci Nanou d'avoir pensé à une pluie tropicale pour nous accueillir à cette soirée très africaine.

Avec Mama Diabeté en amuse-oreilles, on est au coeur de la musique mandingue et de la tradition griote guinéenne. Comme c'est lui qui introduit le concert, on ne peut passer à côté de l'éblouissante dextérité d'Adama Condé au balafon, mais on remarque vite aussi la belle sonorité de la guitare solo, le jeux aérien de la basse et l'efficacité de la batterie. La voix de Mama est puissante et vindicative, je devine à sa gestuelle (car je ne comprends pas un mot de malinké) que les paroles doivent être plutôt engagées.

Demande plutôt à Juan quand je lui ai demandé de m'alerter pour un concert de Sweet'Air, car lui s'en est rappelé ! Cerise sur le gâteau, comme je te l'avais annoncé dans mes news, il s'agit ce soir de l'enregistrement de leur premier EP en live.

Pendant que le groupe prend place, tu ne peux pas louper les deux grandes et belles choristes. En dire une blanche (Sélico) et une noire M'ame) serait déplacé au regard de la valeur musicale de ces deux notes puisqu'elles vont nous dévoiler qu'elles ont la grâce et la légèreté de double-croches. Deux voix très différentes, blanche alto et noire soprano, qui en choeur avec le voile de Juan résonnent superbement.

Pour imaginer la voix de Juan, tu penses à celle de Riké (de Sinsemilia pour les nuls) et tu la baisse d'environ deux tons. La comparaison s'arrête là, car ce n'est ni le même look, ni la même corpulence, ni le même style et quand il joue, c'est du mélodica. Dans la musique de Sweet'Air il y a ce soir un son jazzy-bluesy toujours sous jacent, assez différent de ce que tu peux écouter sur la toile, avec des ruptures de rythme et des passages quasi-récitatifs surprenants, le tout concocté par Juan sans renier ses origines colombiennes. Les textes sont engagés et emprunts d'humour, pour ne fâcher personne.

Ces rythmes sont méticuleusement réglés par Lolito à la batterie tandis que Staefane à la guitare leur donne la couleur appropriée. La basse d'Ugo, un peu envahissante au début à vite retrouvé le niveau sonore ad hoc. Plusieurs invités sont venus égayer ce concert de leur talent: Ti Slate venu donner la réplique à Juan au chant sur "Poing levé" après un faux départ et un changement de guitare à la suite d'un superbe larsen, Isatis que seul ceux qui étaient à droite et à côté de la scène ont pu entendre sur "9 mois à peine" à cause d'un problème de connexion. On coupe dans le premier cas et on s'en remet à la prise directe du son pour rétablir ça sur la galette ! Djiko a eu plus de chance pour sa brillante prestation à l'harmonica "Bonheur à la bonne heure". Vive le direct, et pourvu que le public debout reprenant "Nicolas S au pays des princesses" soit bien dans la boite !

Place au prince de la soirée: Djeour Cissokho, colossal physiquement et musicalement parlant en digne héritier de son virtuose de père Soundjoulou, accompagné du Groupe Allalaké dans lequel on retrouve plusieurs intervenants du début. Les musiciens, à part un asiatique au saxophone alto, sont africains, les instruments aussi, mais pas seulement, pour un mélange envoutant de musique mandingue et de soul qui ne peut laisser indifférent.

Djeour à la kora introduit le concert, mettant en valeur les étonnantes possibilités de cet instrument qu'on croirait rustique. Les rythmes, les voix,
les instruments se fondent en un maelstrom musical qui entraine irrésistiblement à la danse.

Les photos du concert par Linda D.
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Publié dans Live Reports

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